Il faudra attendre quelque temps avant de pouvoir déterminer les vraies raisons d’une exécution particulièrement hâtive de Saddam Hussein, si tant est qu’une explication limpide et digne de foi soit fournie un jour…
En revanche, il n’est point besoin de patienter pour identifier la principale victime d’une pendaison dérangeante : la pédagogie que devait prodiguer une pluralité de procès, procès qui auraient mis en lumière la diversité des responsabilités, non exclusivement baasistes irakiennes et de degrés divers, dans la commission de tel génocide et de tels crimes contre l’humanité.
Laissons aux Américains et aux autres peuples occidentaux le soin de disséquer la démarche de leurs gouvernements respectifs et contentons-nous de notre « devoir de mémoire national », suffisamment mis à l’épreuve par les errements successifs de notre politique étrangère, dans ses partitions irakienne et iranienne.
En effet, et ce point mérite d’être mis en particulier exergue, Elysée et Quai d’Orsay, au temps de la présidence giscardienne, ont été capables d’accorder tour à tour un soutien au régime de Saddam Hussein, puis à la gestation de celui de l’Ayatollah Khomeiny, avant de conforter le Raïs bagdadi lorsqu’a été déclenchée la guerre qui a dramatiquement meurtri les deux puissances régionales entre 1980 et 1988.
Qui a oublié l’exceptionnelle disponibilité de Jacques Chirac, alors Premier Ministre de Valéry Giscard d’Estaing, aux aspirations irakiennes ? Réception de Saddam Hussein à Paris le 5 septembre 1975 suivie le 18 novembre de la même année de l’engagement français de fournir à Bagdad une centrale nucléaire ; visite du même Jacques Chirac entre Tigre et Euphrate du 25 au 27 janvier 1976 avec, dans les valises « matignonnesques », 15 milliards de francs d’investissements projetés, le tout ayant été finalisé par la publication au Journal Officiel de l’accord franco-irakien le 18 juin suivant…
Fort heureusement, bravant les préceptes et interdits du Droit International Public, l’aviation israélienne, dans le cadre de l’ « Opération Babylone », détruira le 7 juin 1981 le réacteur Osirak installé à Tammouz, ce quelques semaines après que Paris eût livré 14 kilos d’uranium 235 à Bagdad…
Qui a oublié que Claude Cheysson, Ministre des Affaires Etrangères de François Mitterrand, en visite dans la capitale irakienne, le 21 février
Qui a oublié que
Les crimes commis par le « supplicié » et ses disciples ont à l’évidence été facilités par des concours extérieurs dont la genèse et les circonstances de fourniture auraient certainement été éclairés par des débats judiciaires dont le monde se trouve aujourd’hui privé.
Ce n’est pas l’intérêt que porteront désormais les juges de Bagdad aux seuls « seconds couteaux baasistes » qui prodiguera la pédagogie à laquelle il était légitime d’aspirer.
La mémoire des gazés kurdes d’Halabja, victimes parmi les victimes, méritait à tout le moins un peu de patience dans l’usage de la corde…
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